Le principe : seuls les gains sont imposés, jamais votre capital
La première chose à comprendre sur la fiscalité du rachat est aussi la plus rassurante : lorsque vous retirez de l’argent de votre assurance vie, l’administration fiscale ne taxe pas la somme retirée dans son ensemble. Elle ne s’intéresse qu’à la part de gains contenue dans ce retrait, c’est à dire aux intérêts et aux plus values produits par votre épargne. L’argent que vous aviez vous même versé, appelé les primes, a déjà été soumis à l’impôt au cours de votre vie active ; il n’est donc jamais imposé une seconde fois au moment du rachat.
Ce mécanisme découle d’un principe simple : le rachat est le fait générateur de l’imposition. Tant que vous ne rachetez rien, vos gains ne sont pas imposables, même s’ils grossissent année après année. C’est l’un des grands atouts de l’enveloppe assurance vie, qui permet à l’épargne de fructifier à l’abri de l’impôt sur le revenu tant qu’elle reste investie. Le jour où vous demandez un retrait, l’assureur identifie la fraction de gains comprise dans la somme versée et n’applique la fiscalité qu’à cette fraction.
Prenons une image volontairement simple. Imaginez un contrat qui vaut aujourd’hui 12 000 euros, alimenté par 10 000 euros de primes ; il contient donc 2 000 euros de gains, soit un sixième de sa valeur. Si vous retirez une petite partie de cette épargne, seule une fraction proportionnelle de gains sera imposée, jamais la totalité de la somme reçue. Le capital circule vers votre compte bancaire librement ; seuls les intérêts qui l’accompagnent sont examinés par le fisc. Cette logique de proportion est le coeur de toute la mécanique que nous détaillons plus bas.
Il faut aussi distinguer deux étages d’imposition qui se cumulent. D’un côté, l’impôt sur le revenu, qui varie selon l’ancienneté du contrat et la date des primes. De l’autre, les prélèvements sociaux de 17,2 %, dus dans presque tous les cas sur les gains. Comprendre la fiscalité du rachat, c’est donc comprendre comment se combinent ces deux briques, et à quel taux chacune s’applique selon votre situation.
Comment se calcule la part imposable d’un rachat partiel
Lorsque vous videz entièrement votre contrat, le calcul est direct : la part imposable correspond à l’ensemble des gains, c’est à dire à la valeur de rachat totale moins la somme des primes versées. Mais pour un rachat partiel, l’assureur doit déterminer quelle proportion de gains se cache dans la somme que vous retirez. C’est ici qu’intervient une formule légale, la même pour tous les contrats, qui garantit un traitement équitable et proportionnel.
La formule officielle s’écrit ainsi : la part imposable est égale au montant du rachat, diminué du produit suivant : total des primes versées multiplié par le rapport entre le montant du rachat et la valeur de rachat totale du contrat. Autrement dit, on considère que chaque euro retiré contient la même proportion de capital et de gains que l’ensemble du contrat. Vous ne pouvez donc pas choisir de retirer d’abord votre capital pour repousser l’impôt : le fisc reconstitue toujours la juste part de gains contenue dans le retrait.
Reprenons un exemple chiffré prudent pour rendre la formule concrète. Supposons un contrat dont la valeur totale atteint 50 000 euros, alimenté par 40 000 euros de primes ; les gains latents s’élèvent donc à 10 000 euros. Vous décidez de racheter 10 000 euros. La part de primes réputée comprise dans ce retrait est de 40 000 multiplié par 10 000 divisé par 50 000, soit 8 000 euros. La part imposable est donc de 10 000 moins 8 000, c’est à dire 2 000 euros. Sur votre retrait de 10 000 euros, seuls 2 000 euros seront soumis à la fiscalité, et 8 000 euros vous reviennent sans aucune imposition.
Vous pouvez reproduire ce calcul pas à pas avec vos propres chiffres, en quatre temps. Notez d’abord la valeur de rachat totale de votre contrat, ici 50 000 euros, puis le total des primes que vous avez versées, ici 40 000 euros. Indiquez ensuite le montant du rachat souhaité, ici 10 000 euros. Multipliez alors le total des primes par le rapport entre le rachat et la valeur totale, soit 40 000 multiplié par 10 000 divisé par 50 000, ce qui donne 8 000 euros de capital non imposable. La part imposable ressort par différence, à 2 000 euros. En reprenant simplement ces trois montants, valeur totale, primes et rachat, tout épargnant peut estimer son assiette avant l’application des taux.
Cette assiette de 2 000 euros n’est encore qu’une base de calcul. Le montant réellement prélevé dépendra ensuite du régime applicable à vos primes et de l’âge de votre contrat, que nous détaillons dans les sections suivantes. Retenez surtout que la proportionnalité protège l’épargnant : plus la part de gains dans votre contrat est faible, plus votre rachat sera légèrement taxé. À l’inverse, un contrat très ancien qui a beaucoup fructifié contient une proportion de gains plus élevée, et chaque retrait comportera donc une part imposable plus importante. Cette réalité invite à anticiper ses rachats plutôt qu’à les subir dans l’urgence.
Il faut enfin noter que la valeur de rachat totale à retenir est celle du contrat au jour du retrait, telle que l’assureur la calcule. Elle peut varier d’un jour à l’autre pour un contrat investi en unités de compte, dont la valeur suit les marchés. Le total des primes, lui, correspond à la somme des versements que vous avez effectués, nette des rachats déjà réalisés. C’est pourquoi deux rachats successifs sur un même contrat ne donnent pas mécaniquement la même part imposable : la formule se recalcule à chaque opération, en tenant compte de l’historique du contrat.
Deux régimes selon la date de versement des primes
La fiscalité applicable à vos gains ne dépend pas de la date d’ouverture de votre contrat, mais de la date de versement des primes qui ont produit ces gains. La ligne de partage est le 27 septembre 2017. Les sommes versées avant cette date relèvent de l’ancien régime ; celles versées à partir de cette date relèvent du régime issu de la réforme du prélèvement forfaitaire unique. Un même contrat peut donc contenir des gains soumis à deux régimes différents, et l’assureur en tient le compte précisément.
Les primes versées avant le 27 septembre 2017
Pour les primes antérieures au 27 septembre 2017, les gains sont par défaut soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu, auxquels s’ajoutent les prélèvements sociaux. L’épargnant peut toutefois opter, au moment du rachat, pour le prélèvement forfaitaire libératoire, dont les taux varient selon l’ancienneté du contrat. Après huit ans, l’abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule ou de 9 200 euros pour un couple soumis à imposition commune s’applique également à ces gains.
Les primes versées à partir du 27 septembre 2017
Pour les primes versées depuis le 27 septembre 2017, c’est le prélèvement forfaitaire unique qui s’applique par défaut. Avant huit ans, le taux global est de 30 %. Après huit ans, l’assurance vie conserve son avantage historique avec un abattement annuel puis un taux réduit d’impôt sur le revenu de 7,5 % sur la fraction de gains correspondant à un encours de primes inférieur ou égal à 150 000 euros. Dans tous les cas, l’option pour le barème progressif reste ouverte si elle se révèle plus avantageuse.
Cette coexistence de deux régimes explique pourquoi il est utile de connaître l’historique de ses versements. Un contrat ancien et bien garni peut réunir des gains issus de primes très anciennes et de primes récentes. Lors d’un rachat, l’assureur applique à chaque fraction de gains le régime qui lui correspond, ce qui peut aboutir à un taux d’imposition mixte. Nous détaillons ci dessous chacun de ces régimes.
Avant huit ans : le prélèvement forfaitaire unique de 30 %
Lorsque votre contrat a moins de huit ans, la fiscalité est la plus lourde, ce qui traduit la volonté d’encourager l’épargne longue. Pour les primes versées depuis le 27 septembre 2017, les gains rachetés sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Ce taux global se décompose en deux parties : 12,8 % au titre de l’impôt sur le revenu et 17,2 % au titre des prélèvements sociaux. Il n’existe aucun abattement avant huit ans ; l’intégralité de la part de gains imposable supporte ces taux.
Illustrons avec un exemple simple et prudent. Reprenons notre part imposable de 2 000 euros calculée plus haut. Sur un contrat de moins de huit ans, l’impôt sur le revenu au taux de 12,8 % représente 256 euros, et les prélèvements sociaux de 17,2 % représentent 344 euros. Le rachat supporte donc une fiscalité totale de 600 euros, soit exactement 30 % des 2 000 euros de gains. Sur un retrait de 10 000 euros dont 8 000 euros de capital, il vous reste net 9 400 euros.
Il est important de souligner que ce prélèvement de 12,8 % n’est pas définitif si le barème progressif vous est plus favorable. En effet, l’épargnant peut toujours choisir l’option pour le barème lors de sa déclaration de revenus, ce qui déclenche un nouveau calcul et, le cas échéant, une restitution. Pour un contribuable faiblement imposé, cette option peut réduire, voire annuler, la part d’impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux de 17,2 %, eux, restent dus dans tous les cas.
Avant huit ans, la stratégie la plus courante consiste donc à ne racheter que le nécessaire, ou à patienter jusqu’au huitième anniversaire du contrat lorsque le besoin de liquidités n’est pas urgent. Chaque année qui rapproche le contrat de son huitième anniversaire rapproche aussi l’épargnant du régime privilégié décrit dans la section suivante.
Après huit ans : abattement annuel puis taux réduit de 7,5 %
Le passage du cap des huit ans transforme la fiscalité de votre assurance vie. C’est à ce moment que le contrat révèle tout son intérêt, grâce à un double avantage : un abattement annuel sur les gains et un taux réduit d’impôt sur le revenu. Cet abattement s’élève à 4 600 euros par an pour une personne seule et à 9 200 euros par an pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune. Il s’applique sur la part de gains comprise dans vos rachats de l’année, tous contrats confondus.
Concrètement, si la part imposable de vos rachats de l’année reste inférieure à votre abattement, vous ne payez aucun impôt sur le revenu sur ces gains ; il ne reste alors que les prélèvements sociaux de 17,2 %. C’est ce mécanisme qui permet à de nombreux épargnants de récupérer chaque année plusieurs milliers d’euros de gains en n’acquittant, dans les faits, que la part sociale. Une gestion échelonnée des retraits, année après année, permet de tirer le meilleur parti de cet abattement renouvelable.
Au delà de l’abattement, la fraction de gains encore imposable subit un taux réduit d’impôt sur le revenu. Pour les primes versées depuis le 27 septembre 2017, ce taux est de 7,5 % jusqu’à 150 000 euros de primes (encours net de primes, tous contrats confondus), et de 12,8 % pour la fraction de gains correspondant aux primes qui dépassent ce seuil de 150 000 euros. Dans tous les cas s’ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2 %. Le seuil de 150 000 euros s’apprécie sur l’ensemble des primes que vous avez versées, et non contrat par contrat.
Prenons un exemple chiffré simple pour une personne seule. Supposons que la part imposable de vos rachats de l’année s’élève à 6 000 euros, sur un contrat de plus de huit ans dont l’encours de primes reste inférieur à 150 000 euros. L’abattement de 4 600 euros s’applique d’abord, ramenant la base imposable à l’impôt sur le revenu à 1 400 euros. L’impôt sur le revenu au taux de 7,5 % représente alors 105 euros. En revanche, les prélèvements sociaux de 17,2 % se calculent, eux, sur la totalité des gains, soit 6 000 euros, ce qui représente 1 032 euros. Au total, ce rachat supporte 1 137 euros de fiscalité.
Ce même calcul pour un couple marié ou pacsé serait encore plus favorable, puisque l’abattement double atteint 9 200 euros : les 6 000 euros de gains seraient alors intégralement couverts par l’abattement, et l’épargnant n’aurait à régler que les 1 032 euros de prélèvements sociaux, sans aucun impôt sur le revenu. C’est cette souplesse qui fait de l’assurance vie de plus de huit ans un outil de retrait particulièrement efficace.
Le prélèvement forfaitaire libératoire historique
Pour les primes versées avant le 27 septembre 2017, un dispositif plus ancien coexiste toujours : le prélèvement forfaitaire libératoire, souvent abrégé PFL. Il ne s’agit pas du régime par défaut, qui reste le barème progressif de l’impôt sur le revenu, mais d’une option que l’épargnant peut choisir au moment du rachat. Ses taux dépendent uniquement de l’ancienneté du contrat au jour du retrait.
Les taux du prélèvement forfaitaire libératoire sont de 35 % lorsque le contrat a moins de quatre ans, de 15 % lorsqu’il a entre quatre et huit ans, et de 7,5 % lorsqu’il a plus de huit ans. À ces taux d’impôt sur le revenu s’ajoutent, comme toujours, les prélèvements sociaux de 17,2 %. Après huit ans, l’abattement annuel de 4 600 euros ou de 9 200 euros s’applique aussi aux gains issus de ces primes anciennes, ce qui allège d’autant la note.
Le tableau suivant récapitule l’ensemble des taux d’impôt sur le revenu applicables selon la date des primes et l’ancienneté du contrat. Il permet de visualiser d’un coup d’oeil le régime dont relève chaque fraction de vos gains. Les prélèvements sociaux de 17,2 % s’ajoutent systématiquement aux chiffres indiqués.
| Situation du contrat et des primes | Taux d’impôt sur le revenu (hors 17,2 % de prélèvements sociaux) |
|---|
| Primes depuis le 27/09/2017, contrat de moins de 8 ans | 12,8 % (prélèvement forfaitaire unique) |
| Primes depuis le 27/09/2017, contrat de plus de 8 ans, encours de primes jusqu’à 150 000 euros | 7,5 % après abattement |
| Primes depuis le 27/09/2017, contrat de plus de 8 ans, fraction au delà de 150 000 euros de primes | 12,8 % après abattement |
| Primes avant le 27/09/2017, PFL, contrat de moins de 4 ans | 35 % |
| Primes avant le 27/09/2017, PFL, contrat de 4 à 8 ans | 15 % |
| Primes avant le 27/09/2017, PFL, contrat de plus de 8 ans | 7,5 % après abattement |
À la lecture de ce tableau, on comprend pourquoi l’ancienneté du contrat est si déterminante. Que vos primes soient anciennes ou récentes, le franchissement des huit ans fait tomber le taux d’impôt sur le revenu à 7,5 % dans la plupart des situations, tout en ouvrant droit à l’abattement annuel. Le choix entre le barème et le prélèvement forfaitaire libératoire, pour les primes anciennes, se raisonne au cas par cas en fonction de votre tranche marginale d’imposition.
Les prélèvements sociaux de 17,2 %
Quelle que soit la date de vos primes et l’âge de votre contrat, les gains d’une assurance vie supportent des prélèvements sociaux de 17,2 %. Ce taux global se compose de la contribution sociale généralisée à 9,2 %, de la contribution au remboursement de la dette sociale à 0,5 % et du prélèvement de solidarité à 7,5 %. Ces prélèvements sont dus dans presque tous les cas, y compris lorsque l’impôt sur le revenu est nul grâce à l’abattement des huit ans.
Le moment où ces prélèvements sont appliqués diffère toutefois selon le support d’investissement. Sur le fonds en euros, les gains sont souvent soumis aux prélèvements sociaux chaque année, au fil de l’eau, au moment de l’inscription des intérêts en compte. Cela signifie qu’une partie de la charge sociale a déjà été acquittée avant même que vous ne rachetiez. Sur les unités de compte, en revanche, les prélèvements sociaux ne sont dus qu’au moment du rachat, lorsque la plus value est effectivement réalisée.
Cette différence de calendrier a une conséquence pratique utile à connaître. Pour un contrat multisupport, lors d’un rachat, l’assureur tient compte des prélèvements sociaux déjà versés sur le fonds en euros afin de ne pas les prélever une seconde fois. Un mécanisme de régularisation peut même conduire à un léger remboursement si les prélèvements annuels ont excédé ceux réellement dus. Vous n’avez donc pas à craindre une double imposition sociale sur la même plus value.
Retenez que les 17,2 % constituent le socle incompressible de la fiscalité du rachat. Même dans le scénario le plus favorable, celui d’un contrat de plus de huit ans dont les gains restent sous l’abattement annuel, l’épargnant reste redevable de cette part sociale. C’est pourquoi les exemples de cette rubrique intègrent toujours les prélèvements sociaux dans le calcul du montant net réellement perçu.
L’option pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu
Le prélèvement forfaitaire unique n’est pas une fatalité. À chaque déclaration de revenus, l’épargnant peut choisir l’option pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu à la place du taux forfaitaire de 12,8 % ou de 7,5 %. Cette option est globale : elle s’applique à l’ensemble des revenus de capitaux mobiliers et des plus values de l’année, et non au seul rachat d’assurance vie. Il convient donc de la mesurer sur l’ensemble de votre situation.
Cette option est particulièrement intéressante pour les contribuables faiblement imposés. Une personne dont la tranche marginale d’imposition est nulle ou faible peut ainsi réduire, voire annuler, la part d’impôt sur le revenu due sur ses gains, là où le taux forfaitaire lui aurait prélevé 12,8 %. À l’inverse, pour un contribuable dont la tranche marginale est élevée, le taux forfaitaire reste généralement plus avantageux, surtout après huit ans où le taux réduit de 7,5 % est déjà très bas.
L’intérêt de l’option se raisonne donc en comparant votre taux marginal d’imposition aux taux forfaitaires applicables à votre rachat. Comme l’option est réversible d’une année sur l’autre, mais globale pour une même année, il est prudent de simuler les deux hypothèses avant de cocher la case correspondante sur votre déclaration. En cas de doute, l’administration fiscale applique par défaut le prélèvement forfaitaire, réputé plus simple, sauf demande expresse de votre part.
Un point mérite d’être clarifié : choisir le barème progressif ne fait pas disparaître les prélèvements sociaux. Ceux ci restent dus au taux de 17,2 % quel que soit le mode d’imposition retenu pour l’impôt sur le revenu. L’option ne joue donc que sur l’étage de l’impôt sur le revenu, pas sur l’étage social. Pour beaucoup de retraités dont les revenus ont baissé, cette bascule vers le barème peut néanmoins se révéler payante, car leur tranche marginale est parfois inférieure aux taux forfaitaires. Une simulation personnalisée reste le seul moyen fiable de trancher, car le résultat dépend de l’ensemble des revenus du foyer.
Le prélèvement à la source par l’assureur et la régularisation
En pratique, vous n’avez pas à calculer vous même l’impôt lors du rachat : c’est l’assureur qui opère un prélèvement à la source sur vos gains. Lorsqu’il verse le montant de votre rachat, il retient directement le prélèvement forfaitaire applicable, ainsi que les prélèvements sociaux, et reverse ces sommes à l’administration fiscale. Vous percevez donc un montant déjà net de la fiscalité forfaitaire, ce qui évite toute mauvaise surprise l’année suivante.
Ce prélèvement à la source n’est cependant pas toujours définitif. Le calcul opéré par l’assureur ne peut pas tenir compte de tous les paramètres de votre situation personnelle, notamment de votre abattement annuel après huit ans, qui dépend de l’ensemble de vos rachats et de votre situation familiale. C’est pourquoi une régularisation intervient à la déclaration de revenus de l’année suivante. L’administration recalcule alors l’impôt réellement dû et procède, le cas échéant, à une restitution.
Concrètement, après huit ans, l’abattement de 4 600 euros ou de 9 200 euros est le plus souvent restitué par ce mécanisme déclaratif : l’assureur a prélevé l’impôt sur le revenu sans appliquer l’abattement, puis le trop perçu vous est rendu l’année suivante lors du calcul définitif. De la même manière, si vous avez opté pour le barème progressif et que celui ci vous est plus favorable, la différence vous est remboursée. Il est donc essentiel de bien reporter les montants figurant sur l’imprimé fiscal unique transmis par votre assureur.
Ce fonctionnement en deux temps, prélèvement immédiat puis ajustement déclaratif, peut dérouter au premier abord. Il présente pourtant un avantage : vous n’avez aucune démarche complexe à effectuer au moment du rachat, et l’administration se charge du calcul définitif. Il faut simplement garder à l’esprit que le montant net reçu de l’assureur n’est pas toujours le montant fiscal définitif, surtout après huit ans où une partie de la retenue peut vous être rendue.
Un exemple chiffré complet, du rachat au montant net
Pour rassembler tout ce qui précède, déroulons un exemple chiffré complet et volontairement prudent. Madame Martin, célibataire, détient un contrat de plus de huit ans d’une valeur de rachat totale de 60 000 euros, alimenté par 45 000 euros de primes toutes versées après le 27 septembre 2017, pour un encours largement inférieur à 150 000 euros. Elle souhaite racheter 12 000 euros et n’a réalisé aucun autre rachat cette année. Elle relève donc du régime le plus favorable.
Première étape, la part imposable. Les gains latents du contrat représentent 60 000 moins 45 000, soit 15 000 euros. La part de primes comprise dans le rachat est de 45 000 multiplié par 12 000 divisé par 60 000, soit 9 000 euros. La part imposable est donc de 12 000 moins 9 000, c’est à dire 3 000 euros de gains. Sur les 12 000 euros retirés, seuls 3 000 euros seront examinés par le fisc.
Deuxième étape, l’impôt sur le revenu. Le contrat ayant plus de huit ans, Madame Martin bénéficie de l’abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule. Comme ses gains imposables de 3 000 euros sont inférieurs à cet abattement, la base soumise à l’impôt sur le revenu est nulle : elle ne paie aucun impôt sur le revenu sur ce rachat. Troisième étape, les prélèvements sociaux de 17,2 % s’appliquent en revanche sur la totalité des 3 000 euros de gains, soit 516 euros.
Le tableau suivant récapitule ce parcours, du rachat brut au montant net réellement encaissé. Il montre que, dans cette situation courante après huit ans, la seule charge résiduelle est la part sociale de 17,2 %, l’impôt sur le revenu étant neutralisé par l’abattement.
| Élément | Montant |
|---|
| Rachat partiel demandé | 12 000 euros |
| Part de capital non imposable | 9 000 euros |
| Part de gains imposable | 3 000 euros |
| Abattement annuel personne seule appliqué | 4 600 euros disponibles |
| Impôt sur le revenu dû (7,5 % après abattement) | 0 euro |
| Prélèvements sociaux (17,2 % de 3 000 euros) | 516 euros |
| Montant net réellement perçu | 11 484 euros |
Ce résultat illustre l’intérêt d’attendre le cap des huit ans lorsque c’est possible. Sur un rachat de 12 000 euros, la fiscalité totale se limite ici à 516 euros, soit un taux effectif d’environ 4,3 % du montant retiré. Si le même contrat avait eu moins de huit ans, les 3 000 euros de gains auraient supporté le prélèvement forfaitaire unique de 30 %, soit 900 euros, et Madame Martin aurait perçu 11 100 euros. La différence, non négligeable, tient uniquement à l’ancienneté du contrat et à l’abattement qui l’accompagne.
Rachat du vivant et fiscalité du décès : ne pas confondre
Toute cette rubrique traite de la fiscalité du rachat, c’est à dire des retraits que vous effectuez de votre vivant sur votre propre contrat. Il ne faut pas la confondre avec la fiscalité applicable en cas de décès, qui obéit à des règles totalement différentes. Lorsqu’un contrat se dénoue par le décès de l’assuré, ce sont les bénéficiaires désignés qui reçoivent les capitaux, selon un régime de transmission propre à l’assurance vie.
La fiscalité du décès repose sur des dispositifs spécifiques du Code général des impôts, en particulier les articles 990 I et 757 B, qui distinguent notamment l’âge de l’assuré au moment des versements. Ces règles, avec leurs abattements et leurs prélèvements propres, n’ont rien à voir avec le calcul des gains décrit ici pour un rachat. Nous ne les évoquons que brièvement, car elles font l’objet d’un traitement dédié à la transmission et à la succession.
Retenez simplement la distinction : le rachat concerne le souscripteur vivant qui retire son épargne et n’est imposé que sur ses gains, tandis que la transmission concerne les bénéficiaires après le décès et relève d’une fiscalité successorale particulière. Confondre les deux conduit souvent à des idées reçues, par exemple la crainte injustifiée d’une lourde taxation lors d’un simple retrait, alors que celui ci est bien souvent modéré, surtout après huit ans.
Cette confusion a parfois une conséquence concrète et regrettable : certains épargnants renoncent à racheter par peur d’un impôt qu’ils imaginent confiscatoire, alors même que la formule de proportion et l’abattement des huit ans limitent fortement la note. D’autres, à l’inverse, croient qu’un rachat effacera l’avantage successoral de leur contrat, ce qui n’est vrai que pour la part de capital effectivement retirée. Tant que le contrat reste ouvert, il continue de bénéficier de son régime de transmission sur les sommes qui y demeurent. Bien comprendre la fiscalité du rachat permet donc d’arbitrer sereinement entre le besoin de liquidités du moment et l’objectif de transmission à plus long terme.
Questions fréquentes sur la fiscalité du rachat
Vais je payer des impôts sur la totalité de la somme rachetée ?
Non. Seule la part de gains comprise dans votre rachat est imposable, jamais le capital que vous avez versé. Pour un rachat partiel, l’assureur applique une formule de proportion afin de déterminer la fraction de gains contenue dans la somme retirée. Le reste, correspondant à vos primes, vous revient sans aucune imposition sur le revenu.
Que se passe t il exactement au bout de huit ans ?
Après huit ans, votre contrat bénéficie d’un abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule ou de 9 200 euros pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune, appliqué sur les gains rachetés. Au delà de l’abattement, le taux d’impôt sur le revenu est réduit à 7,5 % jusqu’à 150 000 euros de primes, puis 12,8 % au delà. Les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus dans tous les cas.
Les prélèvements sociaux de 17,2 % sont ils toujours dus ?
Oui, dans la quasi totalité des cas. Même lorsque l’abattement des huit ans annule l’impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux de 17,2 % restent exigibles sur les gains. Sur le fonds en euros, ils sont souvent prélevés chaque année au fil de l’eau ; sur les unités de compte, ils le sont au moment du rachat, avec un mécanisme évitant toute double imposition sur la même plus value.
Dois je déclarer mon rachat même si l’assureur a déjà prélevé l’impôt ?
Oui. L’assureur opère un prélèvement à la source, mais une régularisation intervient lors de votre déclaration de revenus de l’année suivante. C’est notamment à ce moment que l’abattement des huit ans vous est restitué et que l’éventuelle option pour le barème progressif est prise en compte. Reportez soigneusement les montants figurant sur l’imprimé fiscal unique transmis par votre assureur.